samedi 31 octobre 2015

Hommage à Marie (5)


Je pris d’abord un biais. « Si j’accède à votre désir, que dira votre mère ? » « Ne craignez rien. Maman veut toujours ce que je veux, pourvu que cela me fasse plaisir ». La seule objection valable était détruite, je cédai. L’enfant, enlevant aussitôt le petit bijoux de son oreille, me le mit dans la mais, puis, me présentant l’oreille droite, me dit : « De ce côté, c’est autre chose. Il me faut votre aide. Mon pauvre bras paralysé me refuse tout service ». Je dus obéir jusqu’au bout. J’enlevai donc la seconde boucle d’oreille, pendant que la fillette disait joyeusement : « Vendez-les bien cher, et demain matin nous achèterons le cierge et nous le porterons à la Grotte ». Après avoir tout promis, je quittai la petite malade et, en traversant la salle et les long les corridors de l’hôpital, je me demandais ce que j’allais bien faire de ces boucles d’oreilles que je tenais toujours dans la main, comme un véritable trésor. (J. Chevalier)

vendredi 30 octobre 2015

Hommage à Marie (4)


Je restai stupéfait par la grandeur du sacrifice. Instinctivement, mes yeux se portèrent sur les bijoux en question : deux mignonnes pâquerettes en doublé, ayant pour cœur une pauvre perle de verre, tenant lieu de topaze. Valaient-elles un franc cinquante ? Certainement non. Mais, pour Marie, qui voyait les intentions de cette généreuse enfant, lui offrant tout ce qu’elle possédait, ces petites boucles d’oreilles devaient dépasser en prix le million. La petite malade rompit la première le silence : « Dîtes, Monsieur, vous ne me refuserez pas ce service ? » Que répondre ? pouvais-je ne pas accepter ? Rien que mon silence attristait déjà le cœur de la fillette et amenait des larmes dans ces yeux. D’un autre côté, la commission n’était certes pas agréable. À qui irais-je vendre ces pauvres petits objets ? (J. Chevalier)

jeudi 29 octobre 2015

Hommage à Marie (3)


« Est-ce que vous vous sentez mieux ? », interrogeai-je. « Non, m’ai je n’ai rien demandé pour moi ». « Quelle grâce avez-vous donc obtenue ? » « Oh ! Cela ne vous regarde pas », fit-elle avec un petit air lutin. J’avais été vraiment indiscret et méritais donc la réponse : « Eh ! bien, que désirez-vous de moi ? » « J’ai promis à Notre-Dame de faire brûler un beau cierge devant la Grotte ». « C’est facile. Vous voulez sans doute que je me charge de l’achat ? » « Oui, mais voici, mes parents sont bien pauvres, et ils n’ont pu me procurer de l’argent pour faire le voyage ». « Vous désirez que je vous donne un cierge ? » « Oh ! non. Où serait pour moi le mérite ? » « Alors ? » L’enfant parut hésiter, puis, me prenant la main et m’attirant vers elle, me dit bien bas : « Vous allez me vendre mes boucles d’oreilles ». (J. Chevalier)

mercredi 28 octobre 2015

Hommage à Marie (2)


La pauvre petite avait une façon toute particulière de prononcer son « je veux ». Elle y mettait une telle expression de commandement, et en même temps de supplication, que ces deux mots produisaient un effet irrésistible, si bien qu’à l’hôpital, comme partout ailleurs, les religieuses, les dames hospitalières et les brancardiers s’inclinaient devant la terrible injonction. « Je le veux », répéta l’enfant. Il n’y avait plus qu’à obéir, ce que je fis, en disant à la petite volontaire : « Voyons, parlez vite, je suis pressé ». « Oui, mais tout bas, je ne veux pas que les autres entendent ». Elle désignait ainsi les religieuses de garde et les malades des lits voisins. « Comme tous ces messieurs brancardiers, vous êtes venus ici pour aider les pauvres malades. Vous ne me refuserez pas le service que je vais vous demander. J’ai fait une promesse à la Sainte Vierge, si elle daignait m’accordez une grande faveur. Comme cette bonne mère m’a exaucée, je dois accomplir mon vœu ». (J. Chevalier)

mardi 27 octobre 2015

Hommage à Marie (1)


Remplissant mon service de brancardier, au retour des malades ayant assisté à la Procession du Saint Sacrement, je venais d’enlever de sa petite voiture une pauvre enfant de quatorze ans, paralysée des membres inférieurs et du bras droit et, avec toutes les précautions possibles, je l’avais étendue sur son lit. Je m’éloignai pour rendre les mêmes services à d’autres, lorsque la petite malade me rappela. Je retournai sur mes pas et lui demandai ce qu’elle désirait. De sa main laissée libre par la paralysie, l’enfant m’indiqua la chaise placée près d’elle et me fit signe de s’asseoir. « Je ne puis en ce moment », lui dis-je, « d’autres malades réclament mes soins ». L’enfant renouvela son geste impératif : « Asseyez-vous-là, je veux ». (J. Chevalier)

lundi 26 octobre 2015

Chapelet perdu et retrouvé (13)


Le lendemain, le malade reçut son Sauveur dans la sainte communion. Des larmes de paix et de bonheur coulaient le long de ses joues décolorées. Il serrait entre ses mains le chapelet si providentiellement retrouvé. « Il me semble », dit-il au prêtre, « que ce sont les mains de la Sainte Vierge que je presse entre les miennes. Je sens qu’elle m’attire vers ce beau ciel, que j’ai failli perdre pour toujours ! Je n’ose regarder en arrière où tout me paraît si sombre ! Mais, avec le secours de Marie, ma miséricordieuse Mère céleste, je ne crains rien, car elle ne me laissera pas sombrer. » (G. du Bouyssou, 1910)