mardi 30 novembre 2010

De retour à la Grotte


Sur tous les continents, dans chaque aéroport, on pèse vos bagages. Dans les petites îles, c’est vous-même que l’on invite à monter sur la bascule. En effet, les avions, qui relient les petites îles entre elles, sont eux-mêmes souvent tellement petits qu’un kilo de plus ne passe pas inaperçu. Quoi qu’il en soit, ce matin, avant de sortir de chez moi, j’ai vidé mon sac à dos pour en peser le contenu : 2 kg 800. C’est le poids du papier et de l’encre qui expriment plusieurs milliers d’intentions de prières qui m’ont été confiées tout au long des 21 jours que je viens de passer aux Etats-Unis. Que ce soit dans des églises ou dans des écoles ; dans une prison ou dans des familles ; dans des communautés religieuses ou au hasard des rencontres ; que ce soit lors des « Pèlerinages virtuels » proposés par Marlene Watkins ou à l’issu de temps de parole me concernant plus directement ; après un moment de prière ou à la fin d’une célébration… ces intentions de prières sont un cri ou un murmure, une peine ou une souffrance exprimée, un acte de confiance mais aussi une invitation à la prière. Ce sont les intentions de l’Eglise.

Ce matin, après un moment de prière du chapelet, j’entre dans la Grotte. Il me faut alors plusieurs minutes pour déposer ces intentions dans le tronc. Et quand j’ai terminé, que je reprends mon sac à dos tout léger, je vois que ce que j’ai déposé dans ce tronc d’intentions de prières est si peu. Peut-être 1% de sa contenance. Peut-être beaucoup moins. Et pourtant ce tronc est vidé chaque jour, car tous les jours il est rempli. Et ce tronc n’est lui même qu’un tronc d’intentions de prières parmi d’autres. Il y a tout le courrier postal qui parvient chaque jour, plus la multitude des emails et autres courriels. Et ce qui est déposé sur des répondeurs téléphoniques. On arrive quotidiennement à une multitude d’intentions de prière à Lourdes. Et le Lourdes géographique n’est qu’un tout petit point même pas visible sur un planisphère. De fait, même si cela n'est pas à la une des médias, Lourdes permet de voir que, par la prière, la terre est tournée vers le ciel, reliée au ciel. Et nous à Dieu.

lundi 29 novembre 2010

Lumière dans la nuit

Revenir chez soi après un certain temps d’absence est pour beaucoup un moment particulier. Revenir à Lourdes lorsqu’on habite à Lourdes va pour toute une part dans ce sens. Toutefois, dans ce cas précis, le chez soi n’est plus seulement le logis où l’on demeure. Le chez soi est beaucoup plus, infiniment plus. Il est ce lieu humble, modeste, mystérieux. Il est cette grotte toute ouverte, accueillante sans être impressionnante en raison de ses nombreuses blessures qui ressemblent aux nôtres. Il est cette banale cavité et ce lieu saint. Il est ce lieu du passage où l’on s’arrête le temps d’une halte ou d’une rencontre. Il est ce creux du rocher que l’on attend, que l’on rêve, que l’on souhaite, que l’on désire. Il est cet endroit qui existe, qui est là, dont chacun peut dire il est pour moi, il est à moi, il est chez moi. Il est cet espace où la solitude est dépassée et les tourments vaincus. Il est ce phare qui envoie ses messages au navigateur. Il est ce réconfort, cet espoir, cette espérance, ce nouveau départ, ce commencement qui réjouit. Il est quelqu’un. Et le nom de la Vierge est Marie. Non pas une dévotion comme une autre, mais Marie porte du ciel, parce que née Immaculée du côté transpercé du Sauveur dans le mystère de la croix, dans le mystère de l’Amour qui est Dieu.

Revenir à la Grotte c’est retrouver le chemin du face à face qui conduit au cœur à cœur. Et c’est vivre ce cœur à cœur dans lequel sont présents tous ceux et celles, nombreux, rencontrés sur le chemin, au cours du pèlerinage, d’une parole ou d’un silence, d’un moment difficile, ou de cet instant hors du temps que l’on ne peut oublier. Je porte avec moi plein d’intentions de prière, de papiers rédigés ou griffonnés, dans une langue ou dans une autre, mais tous adressés à Notre-Dame de Lourdes. On me les a donnés, on me les a confiés, dans la confiance, l’attente ou l’espérance. C’est seulement après la prière du chapelet que j’entre dans la Grotte, lentement, joyeusement aussi, des intentions plein le cœur, des intentions plein le sac à dos. Mais la nuit il n’est pas possible de déposer ses intentions de prière à la Grotte, tout simplement parce que le tronc prévu à cet effet n’est là que pendant le jour. Il n’est donc possible de présenter que les intentions que l’on porte dans son propre cœur. 

dimanche 28 novembre 2010

A Rome avec les médecins de l'UNITALSI


A Lourdes, tout le monde connaît l’UNITALSI (www.unitalsi.it). Mais connaît-on vraiment l’UNITALSI ? On connaît l’UNITALSI en raison de sa présence permanente à Lourdes à travers notamment le « Salus Infirmorum » qui peut accueillir quelques 400 pèlerins malades ou handicapés. On connaît l’UNITALSI par ses pèlerinages successifs et pratiquement sans interruption de la fin mars au début novembre, dont le point d’orgue est le « Nazionale », qui rassemble, fin septembre, 15000 pèlerins. On connaît l’UNITALSI parce que plus de la moitié des pèlerins malades ou handicapés qui viennent à Lourdes sont accompagnés par cette association fondée en 1903.

Mais sait-on que, en Italie, l’UNITALSI est forte de plus de 300000 membres ? Sait-on qu’au moins un membre de l’UNITALSI est présent dans chaque église paroissiale d’Italie pour se mettre à la disposition du curé, dans le cadre de la pastorale de la santé ? Et sait-on que l’UNITALSI se veut être surtout une association de l’Eglise catholique vivant et rayonnant la Foi avant même d’être composée de nombreux bénévoles qui accueillent, prennent soin et accompagnent des personnes malades ou handicapées à Lourdes et dans d’autres sanctuaires ?

Tel est bien le contexte de ce colloque, intitulé « L’accueil en milieu hospitalier », qui regroupe des médecins et d’autres membres du personnel de santé de l’UNITALSI, en responsabilité dans leurs différentes « sections » (= régions) et dans leurs pèlerinages respectifs.

Invité par le Dr. Marco Tampellini, vice-président de l’UNITALSI et par le Dr. Frederico Baiocco, en charge du groupe des médecins de l’UNITALSI, je suis présenté par M. Antonio Diella, président national de l’UNITALSI. Je parle de « L’accueil à la lumière de l’expérience Bernadette ». Si Marie est pour nous modèle d’accueil elle est aussi modèle de don. Ainsi en est-il, à son niveau, pour Bernadette qui reçoit pour donner et qui ne cesse de donner ce qu’elle accueille. Et cela dans le concret, la discrétion et la banalité de chaque relation. Parce que, pour l’être humain, le don est inséparable de l’accueil, l’accueil et le don véritables ouvrent à la communion et trouvent leur accomplissement dans la « charité ».  Comme le dit le logo de l’UNITALSI : CHARITAS. Comme le vivent tant et tant d’« Unitalsiens ». Chez eux parce que à Lourdes.

De Syracuse à Rome


Rome est une petite ville de l’Etat de New York située à quelques dizaines de kilomètres de Syracuse, en direction d’Albany, la capitale de ce célèbre Etat. Mais ce n’est pas ma destination aujourd’hui puisque je me rends dans la ville éternelle. De l’aéroport Hancock de Syracuse, je décolle vers l’aéroport John Fitzgerald Kennedy de New York City, où j’ai le temps d’échanger quelques mots avec l’un des quatre évêques de Lettonie, puis, un moment plus tard, avec l’évêque  de Jérusalem. Je parle aussi de Lourdes avec un passager américain qui évoque son expérience au sanctuaire de Notre-Dame. 

Dans l’avion destination Paris aéroport Charles de Gaulle, je mets mon horloge à l’heure parisienne et romaine et, faute d’avoir un voisin à qui parler en italien (dans une configuration 3+4+3, je dispose en effet de 4 places et suis donc isolé !), je me plonge dans une lecture dans la langue que je parlerai demain. A mes yeux, il s’agit là d’une manière chrétienne de procéder. En effet, puisque nous sommes appelés à vivre sur la terre comme au ciel, j’essaye toujours d’anticiper en vivant aujourd’hui comme demain. Cette manière de faire me permet aussi d’être tout de suite de plein pied avec la réalité que je découvre après plusieurs heures de vol, sans trop de temps d’adaptation. Mais qu’en sera-t-il au ciel ?

Demain après-midi, à Rome, je suis invité à prendre la parole dans un colloque organisé par l’UNITALSI pour les médecins et le personnel de santé de ce qui est non seulement la première organisation italienne de pèlerinages à Lourdes, mais tout simplement la première organisation liée à Lourdes. Le thème de la rencontre porte sur « l’accueil en milieu hospitalier ».

Mon intervention doit être centrée sur ce que Bernadette nous dit en matière d’accueil. Aux Etats-Unis, les relations sont particulièrement formatées, et cela dès la petite enfance. Ainsi la relation d’accueil entre elle-même dans un cadre protocolaire, formel, réglementaire. Mais cela peut s’avérer être au service de l’accueil. Qui a fréquenté des moines ou des moniales peut comprendre. Toutefois l’accueil vécu par Bernadette est lui-même mis en relief par la lumière de l’Evangile, les paroles et les gestes de Jésus et, pour moi, par tout ce dont ce suis témoin, en scrutant l’histoire de Lourdes et en la vivant au quotidien, depuis maintenant quatorze ans.

vendredi 26 novembre 2010

Jour inhabituel


Aujourd’hui vendredi, lendemain de « Thanks Giving Day », personne ne travaille. Je suis donc seul dans les locaux de « North American Lourdes Volunteers », à Syracuse, Etat de New York. Cette année 300 « volunteers » sont venus à Lourdes : 150 pour y accompagner des pèlerins malades ou handicapés et 150 pour servir à l’Hospitalité Notre-Dame de Lourdes (dont 30 ont déjà fait leur engagement dans l’Hospitalité). Ici, dix à douze personnes oeuvrent habituellement, à plein temps ou à temps partiel, bénévolement ou comme salarié.

Marlene est « la première volontaire ». Elle est à l’origine de l’association, qui va vers ses dix ans, et qu’elle continue à animer avec tout son cœur et toute son énergie, afin que le plus grand nombre puisse avoir accès à l’expérience humaine et spirituelle qui a été et continue à être la sienne, à travers le message de Lourdes annoncé, mis en œuvre et vécu.

Erika est « Operations manager ». Elle fait fonctionner l’association, dont elle est le point le plus fixe.

Pam(ela) est « Pilgrimage director ». Elle partage son temps entre la préparation et la conduite d’une dizaine des vingt pèlerinages annuels.

Kathleeen est « Pilgrimage manager ». Elle est en charge de l’organisation des pèlerinages pour personnes malades ou handicapées.


D’autres personnes sont également actives : Katherine est comptable. Alex et Katy, qui viennent d’obtenir leur diplôme de l’Université franciscaine de Steubenville, sont stagiaires pour un an et coordonnent les pèlerinages de Volontaires. Daniele s’occupe de l’aspect voyage des pèlerinages et de la communication. Chuck coordonne les pèlerinages virtuels. Barry s’occupe des questions techniques et de la communication. James coordonne la mise en petites bouteilles de l’eau de Lourdes. Aunt Mary est réceptionniste. Et Theresa, qui est au côté de Marlene depuis la première expérience lourdaise, est impliquée dans l’informatique.

Parmi les Particularités de cette petite équipe familiale de « Lourdes Volunteers » : Tous viennent à Lourdes comme pèlerins et chacun est capable de répondre au téléphone pour aider et servir tout interlocuteur dans l’esprit de Lourdes.

jeudi 25 novembre 2010

Happy Thanks Giving

Le dernier jeudi du mois de novembre est, aux Etats-Unis, le jour de la fête de « Thanks Giving », le jour du remerciement, de l’action de grâce, de la gratitude. C’est un jour férié qui, pour certains, se trouve au milieu d’une semaine de vacances et, pour tous, est le premier jour d’un long week-end. En effet, quelle que soient son origine, sa religion, son mode de vie, chaque américain célèbre le « Thanks Giving Day » en famille. D’ailleurs, cela représente pour beaucoup des milliers de kilomètres à parcourir mais, pour une occasion aussi unique, ici, personne ne compte les distances. Ce jour-là, à la fin du repas, si ce n’est rituel, du moins traditionnel car tous mangent la dinde, vient le moment de l’action de grâce. Comme on l’a vu faire par ses parents, qui eux même ont transmis ce qu’ils avaient reçu de leurs propres parents et ainsi de suite, on rend publiquement grâce.

Depuis plusieurs jours, mais surtout hier et aujourd’hui, j’ai assisté et participé à bien des vœux de « Happy Thanks Giving », chacun y allant de son accolade. Et maintenant c’est mon tour. A la fin du repas, à la table familiale de Bill et de Marlene Watkins – parents de cinq fils et pour le moment grands-parents de six petits enfants – je rends grâce pour Mikayla Marie, dernière née de la tribu (le 4 novembre), que j’ai eu la joie de baptiser ce matin même en l'église paroissiale Marguerite-Marie de Syracuse, dans l'Etat de New Yok.

Cette famille – à qui j’ai dédié mon dernier ouvrage, Lourdes, les mots de Marie – est à la fois une famille catholique, typiquement américaine, vraiment du XXIème siècle, mais profondément marquée par la grâce de Lourdes. Reçue par l’un de ses membres, cette grâce de Lourdes touche un par un tous les autres membres de la famille et transforme peu à peu chacun. Pour cela je rends grâce à Dieu. Maintenant et toujours.

mercredi 24 novembre 2010

De retour à Syracuse

Il m’a fallu 24 heures pour aller d’Honolu, Etat d’Hawaii, à Syracuse, dans l’Etat de New York. Sur ces 24 heures, il y a seulement 11h00 de vol, en quatre étapes successives : Honolulu – Mineapolis (Minesota) ; Mineapolis - Indianapolis (Indiana) ; Indianapolis - Detroit (Michigan) ; Detroit - Syracuse (New York). Le nombre des correspondances aurait pu être divisées par deux, mais le budget étant limité, ce genre de voyages se fait essentiellement avec des « miles » gagnés lors de déplacements précédents, mais le plus souvent des « miles » offerts à l’association. Or on ne peut utiliser les « miles » que dans certaines conditions. A ces 11 heures de vol, il faut ajouter les 6 heures de décalage horaire. Il reste donc, sur 24 heures, 7 heures pour les changements (certains aéroports sont vraiment très grands) et l’attente (Marlene Watkins et moi-même mettons ce temps à profit pour travailler).

Je retrouve Syracuse, quartier général de « Lourdes Volunteers », dont le nom est, de fait : « Our Lady of Lourdes Hospitality North American Volunteers ». Les bureaux se situent au quatrième étage de l’un des bâtiments de la Maison Mère des Sœurs de Saint-François de Syracuse.

Ici je loge dans un studio qui se situe à l’intérieur de l’église de la Maison Mère, en symétrie avec la sacristie, mais plus précisément à quelques mètres du tabernacle d’une part et, d’autre part, des reliques de la bienheureuse Marianne de Molokai.

Après la messe à 6h30 ce matin, aujourd’hui je passe l’essentiel de la journée dans les bureaux où l’on vit à l’heure de New York (GMT - 6) et à celle de Lourdes. Deux raisons, en ce qui me concerne, pour n’être pas dépaysé. 

Nouvelles du monde et de l'Eglise

Le moment de quitter Honolulu est venu. Je reçois un nouveau et magnifique collier de fleurs. Cette fois-ci, cependant, puisqu’il s’agit du départ, sœur Jovita et sœur Francis Regis me remettent aussi un petit sac en plastique (modèle pour être utilisé dans un réfrigérateur) afin que je puise l’emballer dès que je serai monté dans le premier avion.



A l’aéroport j’utilise l’Iphone pour accéder à quelques nouvelles du monde et de l’Eglise. Je choisis:    www.CatholicCulture.org, (Catholic World News) un équivalent américain de l’agence Zénit (« le monde vu de Rome »). C’est ainsi que je peux lire une interview dans laquelle Mary Anne, une étudiante de l’Université d’Harvad, explique comment elle est à présent postulante dans une branche de la famille dominicaine. Elle répond à la question : « Quand et comment avez-vous commencé à parler publiquement de l’appel que vous avez reçu ? »

« Alors que j’avais 14 ans, j’ai eu l’occasion de me rendre à Lourdes, en France. En ce lieu, j’ai dit au Seigneur mon désir de me donner à lui. Jusque-là j’avais une double vie. D’une part je voulais être immergée dans une véritable expérience de foi. Mais, d’autre part, je suivais mes camarades de classe, les imitant par exemple dans leur façon peu intéressante de s’habiller.

En m’agenouillant devant le tabernacle de la basilique inférieure (basilique Notre-Dame du Rosaire), j’ai été remplie de la compréhension que Dieu est Amour et d’un appel brulant à l’aimer en tout temps et en toute chose, sans tenir compte de ce que les autres pouvaient penser.

Libérée du désir de me conformer aux autres, pour faire de l’amour la règle de ma vie, je pouvais dès lors parler ouvertement et sincèrement de mon désir de devenir religieuse ».

mardi 23 novembre 2010

Et Bernadette ?


Pourquoi rencontrer des sœurs de Saint-François de Syracuse, s’intéresser à leur congrégation, à leur sainte, la bienheureuse Marianne, à leur charisme, leurs écoles, leurs hôpitaux, leurs œuvres ? A cause de sainte Bernadette.


En effet, connaître et comprendre « le charisme de base » des sœurs de Nevers me rapproche de Bernadette, ou plus exactement de l’action de Dieu en elle, action qu’elle n’a cessé d’accueillir et à laquelle elle s’est livrée jusqu’à son dernier souffle. Or ce « charisme de base », développé ensuite sous une forme spécifique lié à un espace et à un temps précis, est bien un « tronc commun » à de nombreuses congrégations religieuses féminines, puisqu’il est lui-même simple explicitation de l’Evangile.

J’ai été alerté à ce sujet par l’évêque de Tarbes et Lourdes – peut-être à son insu – lorsque j’ai vu ce que représentait pour lui le fait d’évoquer les sœurs de Saint-Paul de Chartres. Plus tard, lorsque j’étais à Hong Kong, j’ai compris comment, pour celui qui en était alors l’évêque, avant de devenir l’évêque de Nevers, le lien qu’il avait avec les sœurs de Saint-Paul de Chartres (dont il a rendu possible l’installation en cette terre lointaine), l’a ensuite aidé à être le supérieur ecclésiastique de la Congrégation des sœurs de la Charité et de l’Instruction de Nevers. Et c’est lui, Mgr Augustin Forcade, qui, en appelant Bernadette à entrer dans cette congrégation, ne faisait que lui montrer que la grâce de son baptême, la grâce de Lourdes, et son désir de donner sa vie au Seigneur trouveraient ainsi leur plein accomplissement.
 
Voici ce que, à onze heures de décalage horaire de Lourdes, les sœurs de Saint-François de Syracuse et la bienheureuse Marianne de Molokai me disent de Bernadette et, à travers elle, de la grâce de Lourdes pour la multitude des pèlerins réellement ou virtuellement présents en ce jour à la Grotte.

lundi 22 novembre 2010

Avec les soeurs de Saint-François de Syracuse

Sur les hauteurs un peu périphériques de l’agglomération d'Honolulu, à quelques mètres de la maison provinciale des Sœurs de Saint François de Syracuse (qui compte 50 des 500 sœurs de la congrégation), l’école Saint François nous accueille pour un « Pèlerinage Virtuel », c’est-à-dire une expérience de Lourdes à partir d’un récit soutenu par des images projetées et ponctué de temps de prière. Les 280 élèves ainsi que beaucoup de professeurs et d’éducateurs sont là.

Avant, pendant et après le « Virtual Pilgrimage » donné par Marlene Watkins, première volontaire des « North American Lourdes Volunteers », j’entends de nombreuses confessions. Comme Bernadette en a fait elle-même l’expérience, il y a un lien direct entre le message de Lourdes et le sacrement du pardon et de la réconciliation. Je n’oublie pas que les prêtres sont les premiers destinataires du message de Lourdes : « Allez dire aux prêtres ». Avant la bénédiction finale, j’ai aussi le temps de donner une courte catéchèse sur le signe de la croix.

Auparavant C’est l’hôpital Saint François, situé dans un autre quartier, qui nous avait accueilli. 

Ecoles et Hôpitaux, Charité et Enseignement chrétien, telle est la vocation des Sœurs de Saint François de Syracuse, des Sœurs de Nevers, de toute l’Eglise. La charité et l’enseignement chrétien sont bien à la fois la base et l’aboutissement de toute mission, de toute évangélisation.

A Honolulu


La ville d’Honolulu s’allonge longtemps d’Est en Ouest de long de la côte. Au Nord elle est bloquée par une série de vallées, perpendiculaires à l’Océan, que délimitent autant de hautes collines en forme de promontoires sur lesquels l’agglomération s’agrandit de manière significative.

A quelques mètres de Waikiki – les très beaux quartiers – des personnes sans logis ont dressé leurs tentes sur les trottoirs, à hauteur d’échappement des limousines. Tout à côté de ces nouveaux venus, une simple statue de la Bienheureuse Marianne de Molokai tourne le dos au Pacifique, à l’endroit même où, en 1883, avec sept autres sœurs de Saint-François de Syracuse, elle débarquait du « Mariposa » au terme d’une longue traversée.

Au cœur de la cité (« downtown »), comme cachée au milieu des nombreux buildings, une église semble bien petite, toute modeste : C’est la cathédrale Notre-Dame de la Paix. 

A l’intérieur, plus ancien que les reliques de saint Damien de Molokai – portées ici en 2009 par le Cardinal Daneels, alors archevêque de Malines Bruxelles – et plus ancien aussi que l’emplacement préparé pour les reliques de la bienheureuse Marianne de Molokai, un grand vitrail représente Notre-Dame de Lourdes et sainte Bernadette. 

Présence aussi discrète que lumineuse.




Lourdes et Kalaupapa


Quand je suis à la Grotte de Lourdes, je tremble. En ce lieu saint je sais être en présence de Marie et de Bernadette. Mais aussitôt je comprends mon incohérence. Si je tremble ainsi devant deux créatures de Dieu – Marie, la plus éminente et Bernadette, elle même reflet de l’Immaculée – pourquoi est-ce que je ne tremble pas davantage devant Celui qui est leur Seigneur et leur Dieu, mon Seigneur et mon Dieu ? Si le prêtre réalisait ce qu’il fait en célébrant l’Eucharistie, dit le saint Curé d’Ars, il tomberait mort.

A Kalaupapa, dans l’île de Molokai, archipel d’Hawaii, je fais un peu cette même expérience. Qu’il est redoutable de marcher ainsi dans le jardin de saint Damien de Vouster et de la bienheureuse Marianne Cope. Comme il est impressionnant de réaliser en ce lieu comment ils ont livré leur vie pour plus pauvres, plus nécessiteux, plus malheureux qu’eux-mêmes, pour que le Christ puisse rejoindre par eux, cette multitude de lépreux.

Mais à Kalaupapa, comme à Lourdes, ce sont des femmes qui reflètent pour moi l’Amour que Dieu ne cesse de manifester en son Fils Jésus Christ. Très concrètement Bernadette me rapproche de la Vierge Marie qui elle-même me désigne et me donne son Fils Jésus Christ ; et lui m’offre à Dieu son Père, pour que j’entre dans leur éternel échange d’Amour. 

A mon tour je peux devenir pour les autres ce que Bernadette est pour moi, si moi-même j’entre en l’accueillant dans cette manière évangélique de vivre. Et de la même façon que rencontrer Jésus m’ouvre à la rencontre de tous ses frères et sœurs, de même la rencontre de Bernadette me prépare par l’expérience à déjà les connaître un peu.

Bernadette Soubirous et Marianne Cope sont si différentes et si proches.

Rosaire et pèlerinage

Sous sa forme particulière, la paroisse Saint-François de Kalaupapa ressemble à l’une de nos paroisses du diocèse de Tarbes et Lourdes, ou d’un autre diocèse de l’Europe de l’Ouest. Le petit reste du peuple de Dieu y vit, en effet, dans une grande pauvreté. Mais cette pauvreté n’est pas un handicap. Au contraire elle oblige chacun à être vrai et authentique, car la communauté est composée d’hommes et de femmes concrets, que l’on connaît, avec qui on partage beaucoup de sa vie. C’est ainsi que la communauté est vivante au quotidien. Souvent un prêtre vient célébrer la messe. Plus souvent encore, on se réunit pour la prière. Tout le temps on est ensemble, concernés les uns par les autres pour vivre l’évangile au quotidien.

C’est dans ce cadre qu’un soir nous prions le chapelet. Catéchèse sur le signe de la croix, en lien avec la célébration de la Messe. Catéchèse sur le Rosaire, en lien avec la Messe. Et méditation de quelques mystères du Rosaire (La Nativité – La mort de Jésus – La Résurrection).

Hors de Lourdes il m’est souvent dit, même de manière très explicite : « Puisque vous venez de Lourdes, apprenez-nous à prier ». Lorsque je suis avec des pèlerins de Lourdes – que ce soit à Lourdes ou hors de Lourdes – je comprends comment prier le chapelet, puisque je reçois alors ce que je dois donner. Ainsi ici.

Un autre soir, Marlene Watkins donne un pèlerinage virtuel, qui prolonge pour certains celui qu’elle en avait eu l’occasion de donner lors d’un séjour précédent. Comme me l’a fait remarquer un prêtre du grand sanctuaire Notre-Dame de Lourdes de Santos Lugares en Argentine, il suffit de regarder les pèlerins et d’évangéliser leurs gestes, car déjà ils sont proches du Royaume des cieux. Cela est vrai à Lourdes. Cela est vrai partout où la grâce de Lourdes est rendue présente. Ainsi à Kalaupapa.
  

Reconnaître une guérison non reconnue

Son visage est marqué de partout boursoufflé
traces non effacées d’une face défigurée
Ses mains sont abimées ses doigts déformés
sa vue et ses pieds fragilisés

Enfant la maladie l’a frappé et aussitôt le voici rejeté
séparé déraciné exilé tel un rebus d’humanité

Quand on m’escortait pour m’hospitaliser
on frappait dans les mains pour annoncer le danger
en criant à qui me voyait  de ne pas me toucher

Son visage montre un cœur blessé
Ce n’est pas tant sa santé qui l'a torturé
mais le fait d’être ainsi humilié
privé de dignité sans humanité

Aujourd’hui guéri cet homme vit isolé
et demeure non accepté par la société
puisque assimilé à son passé dépassé

Mais ici à Kalaupapa il est respecté
depuis que Damien de Vouster et Marianne Cope
par leur vie toute donnée offerte livrée
ont soigné protégé et réhabilité tous ces blessés
écorchés marginalisés éloignés parqués

Et je vois que l’homme défiguré
est maintenant transfiguré
parce que aimé.


Presbytère et ministère

A Kalaupapa, les visiteurs ne peuvent loger chez les « résidents ». Ils doivent donc s’installer dans la « Guest House », Maison d’hôte, prévue pour eux. Pour le prêtre que je suis, il n’en est pas ainsi. En effet, le presbytère et tout ce qui s’y rattache, est mis à ma disposition.

En effet, en août dernier, le prêtre desservant a du quitter Kalaupapa pour être hospitalisé à Honolulu, où il est mort peu après son arrivée. Depuis il n’a pas été remplacé, si ce n’est par un prêtre qui vient célébrer le premier dimanche du mois à l’église Sainte-Philomène (première église construite par saint Damien à Kawalao) et le dernier dimanche du mois en l’église paroissiale Saint-François de Kalaupapa.


Cet ensemble paroissiale comprend 
l'église elle-même, le presbytère (où je suis), la salle paroissiale et une grotte de Lourdes, ou plus exactement d'une évocation de la Grotte de Massabielle, qui est aussi un lieu de célébration. Enfin, une statue du sacré-Coeur est visible de loin, alors que le garage abrite un van Chevrolet avec sa clef de contact en évidence.



Si Kalaupapa compte également une présence protestante et celle de mormonts, les « résidents » sont essentiellement catholiques : 16 sur 19. Mais ils ne sont pas les seuls, puisque outre les 3 religieuses, Soeurs de Saint François de Syracuse, beaucoup de fonctionnaires le sont également.


L’église n’est jamais fermée. Les paroissiens y viennent plutôt le matin, dès 4h00. Les confessions sont avant la Messe de 5h45. Chaque Messe se termine par la prière à saint Damien de Molokai, puis par une prière demandant la canonisation de la bienheureuse Marianne également de Molokai.

Le Père Felix Vandebroek est le denier prêtre, religieux du Sacré Cœur de Jésus et de Marie, a être venu de Belgique. Mais n’est-il pas le dernier prêtre de Molokai qui, après la disparition des derniers « résidents » (qui n’ont que l’usufruit de leur maison), sera pleinement et uniquement « Parc Historique du Pacifique » pour « se souvenir, rendre honneur et comprendre ».

Mais le Couvent dans lequel Bernadette Soubirous a vécu les 13 années de sa vie religieuse n’est-il pas devenu un « Espace Bernadette » ?

Règlement

A Kalaupapa, île de Molokai, Etat d’Hawaii, Etats-Unis d’Amérique, un panneau précise qu’il est interdit de quitter l’aéroport sans être escorté. De fait, pour venir ici de manière temporaire, il faut être invité par un « résident », c’est-à-dire par l’une des 19 personnes qui ont contracté la lèpre et y vivent encore. Le « résident » qui vous invite doit payer quelque chose. Aussitôt arrivé il vous est demandé de vous rendre au bureau, pour vous faire enregistrer. On vous remet alors un badge « visiteur ». Mais il y a au moins une exception qui confirme cette règle. Ainsi en me voyant, et en désignant mon col clergyman, le fonctionnaire déclare en souriant que j’ai déjà mon badge ! Puis il ajoute plus sérieusement : "Vous n'êtes pas un visiteur. Vous êtes un prêtre".


Pour les visiteurs, chaque séjour est limité à 7 jours et 6 nuits et ne peut dépasser 13 jours par période de 3 mois. 

Les enfants de moins de 16 ans ne sont pas admis. Il est interdit de photographier les « résidents » sauf avec leur autorisation.


Le camping, la pèche, la chasse sont interdits aux visiteurs.

Si un visiteur doit conduire, on lui recommande la plus grande prudence, en précisant que beaucoup de « résidents » n’ont pas une bonne vue. D’ailleurs les limitations de vitesse sont établies en conséquence : 15 MPH (25 kilomètres /  heure)  « en ville » et 25 MPH (40 kilomètres / heure) dans le reste de la colonie.

Enfin il est explicitement demandé aux visiteurs de « Honorer et respecter l’histoire de ceux qui ont vécu autrefois ici et particulièrement celle de ceux qui résident actuellement ici et appellent cet endroit particulier leur chez eux ».

Le non respect de ce règlement entraine pour le visiteur une poursuite et la suppression de son  permis de visite. 

Presqu'île presque prison



L’île de Molokai n’est pas loin de l’ île d’Oahu où se trouve Honolulu et une vingtaine de minutes à bord d’un petit Cessna permettent d’y parvenir. Cette une île aux dimensions modestes, environ 50 x 10 kilomètres. Pourtant Molokai possède deux aéroports. Le premier, au centre de l’île, est desservi par plusieurs compagnies aériennes et ressemble à un petit aéroport. L’autre, au nord de l’île, est constitué d’une simple piste et d’un bâtiment ouvert, genre abri d’autobus un peu aménagé. C’est l’aéroport de Kalaupapa, qui se situe au bout de cette presqu’île séparée du reste de l’île par une falaise qui dépasse les 500 mètres d’altitude en son point le moins élevé.

Au centre de la presqu’île un impressionnant cratère révèle comment elle a été formée et la sépare en deux parties assez distinctes : Kawalao, à L’Est et, à l’Ouest, Kalaupapa. Depuis la fin du XVIIIème on estime à 8000 le nombre de personnes atteintes de la lèpre qui y ont vécus et à autant le nombre de ceux qui sont morts avant d’avoir pu atteindre à la nage la terre ferme, car ici aucun bateau ne peut s’approcher trop près. C’est dans ce minuscule territoire que de Père Damien de Veuster (désormais saint Damien de Molokai) et la Mère Marianne Cope (bienheureuse Marianne de Molokai) ont donné leur vie.

Aujourd’hui Kalaupapa est encore habitée par des personnes atteintes par la maladie de Hansen (lèpre) mais leur petit nombre annonce déjà leur disparition : Une centaine en 1990 ; 27, il y a 3 ans ; 19 aujourd’hui. On les appelle les « résidents » et leur âge s’échelonne entre 69 et 89 ans. Habitent également Kalaupapa environ 80 autres personnes, pour l’essentiel des fonctionnaires, soit du ministère de la santé de l’Etat d’Hawaii, soit des employés du gouvernement Fédéral au titre du « Parc National ». Il faut ajouter la présence de trois religieuses, sœurs de Saint-François de Syracuse, et cela depuis 1888, c’est-à-dire depuis 122 ans. 

Aloha

A l’aéroport d’Honoulu, nous sommes accueillis, Marlene Watkins et moi-même, par deux sœurs de Saint François de Syracuse : « Aloha », Bienvenue. Et Sœur Barbara joint le geste à la parole, comme on le fait ici, en nous mettant un collier de fleurs autour du cou (ce qui est confortable lorsqu’on est debout, mais moins lorsque, en voiture, il faut rajouter la ceinture de sécurité sans abîmer les fleurs).

Sœur François Régis, quant à elle, est ravie et me dit aussitôt que c’est la première fois de sa vie qu’elle rencontre quelqu’un qui porte le même nom qu’elle.

En montant dans la voiture, la plaque d’immatriculation me rappelle que les sœurs de Saint François de Syracuse viennent de fêter il y a seulement deux ans le 125ème anniversaire de leur présence dans l’archipel d’Hawaii.

Arrivés à la résidence des sœurs, située dans la partie haute de la capitale, je remarque tout de suite, devant la maison provinciale,  une grande statue de Notre-Dame de Lourdes et une autre de la petite Bernadette, agenouillée devant celle qui lui a dit "Je suis l'Immaculée Conception".


Je retrouve avec joie plusieurs sœurs que j’ai déjà eu l’occasion de rencontrer à leur maison mère de Syracuse, dans l’Etat de New York, mais aussi à Lourdes lors d’un pèlerinage organisé en 2007 par « North American Lourdes Volunteers ». 


Ce « Blessed Marianne Pilgrimage » regroupait des sœurs de Saint François de Syracuse et leurs amis, venus de l’Etat de New York et de celui d’Hawai, à l’occasion de l’installation de la représentation dans la basilique Saint-Pie-X de l’une des sœurs de cette congrégation, la bienheureuse Marianne Cope, qui a vécu dans l’un et l’autre Etat. 


Aujourd’hui, c’est moi qui vient en pèlerinage sur les lieux où la bienheureuse Marianne a passé 35 ans de sa vie : 5 ans à Honolulu (1883-1888) puis 30 ans à Molokai (1888-1918). 

Une journée à San Francisco

Entre la Nouvelle Orléans et Honolulu, une première correspondance à Denver me permet de toucher un peu de neige qui recouvre en ce moment les « Rocky Montains ». L’escale suivante nous laisse le temps de quitter l’aéroport et de nous rendre, Marlene et moi-même, à San Francisco. Pour cela, nous sommes accueillis par deux « Lourdes Volunteers », dont l’une d’entre elles vient également de faire cette année son engagement dans l’Hospitalité Notre-Dame de Lourdes.

Au cœur de la ville, je peux concélébrer la Messe de 12h15 au Sanctuaire National de Saint-François qui se compose d’une église et d’un sanctuaire qui est, de fait, la réplique de la petite chapelle d’Assise, la « Portioncula » et, comme elle, bâtie à l’intérieur d’une église.

Le temps du repas nous permet de partager. Chacun dit donc un mot de sa famille, de ses activités, de ses projets. Mais l’essentiel de la conversation est centrée sur Lourdes. Ainsi on évoque tel ou tel souvenir du pèlerinage ou de la semaine de « stage » à l’Hospitalité. Mais surtout on échange des nouvelles des autres « Lourdes Volunteers », des autres hospitaliers et hospitalières de Notre-Dame de Lourdes que l’on connaît et avec qui on a eu l’occasion de servir.

Les hospitaliers et hospitalières français savent bien qu’il y a des hospitaliers dans les différentes régions de France. Pour tous le temps du service à Lourdes est le point de départ à une vraie fraternité et d’authentiques amitiés. Ainsi on se rencontre pour prolonger hors de Lourdes ce que l’on vit à Lourdes.



Mais les hospitaliers et hospitalières de tous les pays savent-ils qu’aux Etats-Unis une telle famille est en train de grandir avec « North American Lourdes Volunteers » ?

jeudi 18 novembre 2010

I (Je) and (et) You (Toi)

« Iphone ! Ipad ! Ipod ! », s’écrie le commentateur de la télévision catholique EWTN (Eternal Word Television Network), nommant ainsi les produits phares de la société Apple, mobile, tablette, baladeur. Mais il ajoute aussitôt « Pourquoi pas plutôt : Youphone… Youpad… Youpod… ? », dénonçant ainsi un mode de vie qui centre l’individu sur lui-même.

Pour ne parler que de l’Iphone, il est vrai que le phénomène prend une dimension étonnante. Non seulement la vente de ce produit de consommation ne cesse de se généraliser, mais surtout les applications que chacun peut télécharger gratuitement, ou à un prix très modique, se comptent  déjà par centaine de milliers ! En France, les responsables des sanctuaires Notre-Dame de Lourdes sont certainement prêts à proposer une de ces applications pour aider les pèlerins (présents ? à venir ? personnes seulement curieuses ?) dans leur démarche. Mais Lourdes ne sera pas le premier puisqu’il existe déjà des applications en lien avec l’un ou l’autre aspect de Lourdes.

Le côté attractif de l’Iphone est son aspect multi media, multi fonction. Ainsi, aux Etats-Unis, l’accès Internet qu’il permet change les comportements. Dès que l’on se pose une question on va chercher immédiatement la réponse, que ce soit pour un sujet de culture général ou d’un besoin immédiat. Les messages textes ou courriel fusent à longueur de journée, où que l’on soit.

Moi-même j’utilise l’Iphone de manière pour le moment marginale puisque sans carte SIM. Je me contente donc d’accéder à Internet par WiFi (ce qui est très répandu aux Etats-Unis) pour télécharger régulièrement les textes du bréviaire (en 5 langues), et bien sûr Prions en Eglise (texte de la Messe de chaque jour). Je l’utilise aussi comme appareil photo, dictaphone, baladeur… Désormais je l’utiliserai comme banque de données textes, images et sons en lien avec Lourdes. En attendant d’être ainsi relié 24/24, où que je sois, à la Grotte de Massabielle à Lourdes.

D'une grotte à l'autre

Le séminaire Notre-Dame du diocèse de la Nouvelle-Orléans accueille en ce moment 90 séminaristes. J’avais déjà eu l’occasion de le visiter et retrouve avec joie ce cadre magnifique. Mais aujourd’hui notre programme est minuté. Messe, repas, bref présentation de Lourdes (ou mini pèlerinage virtuel) ; procession en priant le chapelet jusqu’à la réplique de la Grotte de Lourdes ; chant du Salve Regina ; remise au recteur du Sanctuaire d’un fragment du rocher de la Grotte de Massabielle.

Cette grotte est belle, même si elle ne dispose pas de beaucoup d’espace. Elle a été réalisée en 1943, par un Père mariste, troisième recteur de ce sanctuaire, à l’occasion du 150ème anniversaire du diocèse de la Nouvelle-Orléans.

A quelques 80 kilomètres de là, je découvre une autre grotte de Lourdes, à Convent, dans le diocèse de Baton Rouge. Mais cette réplique est différente à plus d’un titre. D’abord, parce qu’il s’agit d’une zone rurale, plus précisément une région de cannes à sucre. Ensuite parce qu’elle se situe à l’intérieur d’une église (« Indoor » comme on dit ici). Enfin parce que sa construction est originale. Elle est, en effet, réalisée en cannes à sucre. Celles-ci, après avoir été coupées en morceaux, sont montées en température pour en extraire le sucre. Après avoir refroidi, ces mêmes morceaux deviennent durs comme le rocher, dont ils ont d’ailleurs un peu l’aspect. Cette grotte n’est pas seulement originale et fréquentée. Elle est aussi la grotte indoor la plus ancienne des Etats-Unis, puisqu’elle date de 1876.

C’est dans cette église que nous donnons un très beau « Pèlerinage Virtuel », dans l’ambiance recueillie et festive d’une église pleine, magnifiquement accueilli par le curé, Father Vincent J. Dufresne, ami de Lourdes où, en 1992, il a passé un mois comme confesseur de langue anglaise.